allemagne : au lit avec mon prof

esukudu_lecturioPas d’affollement. Il ne s’agit pas d’une anecdote croustillante, mais bien de la promesse faite par Lecturio, une startup allemande originaire de Leipzig qui fêtera bientôt ses quatre ans. Mais commençons plutôt par le début.

J’ai entendu parler de Lecturio alors que j’étais étudiante à l’université de Munich. C’était embêtant, tous mes cours avaient lieu sur le campus au centre-ville, mais je tenais absolument à faire partie de cette classe de management de l’innovation qui se réunissait deux fois par semaine dans une ville en banlieue nommée Freising. Puis, un camarade m’a parlé de Lecturio. Je pouvais m’inscrire gratuitement avec mon adresse mail universitaire et accéder à des milliers de vidéos, disponibles une heure après la fin du cours. Jusque là, rien de bien nouveau, une plateforme de e-learning ordinaire, ai-je d’abord pensé.

Comme si nous y étions

Je me suis abonnée au cours de management de l’innovation comme on s’abonne à un podcast ou à un blog : simplement, rapidement, gratuitement. Je me suis installée à une table en bibliothèque, avec un ordi, un cahier, un stylo : chapitre un, c’est parti. La caméra, c’était moi : placée parmi les étudiants, elle pouvait voir à la fois le professeur et les diapositives. Seulement, elle ne faisait pas que filmer les diapositives. Celles-ci apparaissaient en gros plan sur mon écran, intégralement téléchargeables. Un système de double écran me permettait de faire autant de va-et-vient que je le souhaitais, entre une petite et une plus grande fenêtre sur la droite. Je pouvais ainsi mettre l’accent, à ma guise, sur le professeur ou sur les diapositives, qui s’affichaient de façon très nette sur mon écran d’ordinateur, pendant que le professeur les expliquait.

Une étudiante levait la main pour poser une question ? Celle-ci était répétée par le professeur, qui prenait la peine d’y répondre devant la caméra. Le professeur faisait une démonstration à main levée ? Je pouvais le voir l’écrire comme si je le guettais par-dessus son épaule. Un passage de son raisonnement résistait à ma compréhension ? Je pouvais très bien appuyer sur « pause » pour tout digérer et faire, si je le souhaitais, un retour en arrière. J’aurais même pu me passer de cahier et de stylo, grâce à la petite fenêtre à droite de l’écran dédiée à la prise de notes. Et pour combler le tout, devant mon écran, je percevais très clairement l’ambiance de la classe, ne perdais pas une miette des jeux d’humour, des parenthèses, des diverses annonces susceptibles de m’intéresser. Le seul hic était que j’avais beau agiter furieusement ma main pour poser une question, monsieur le prof avait beaucoup de mal à me remarquer. Mais à part ça, peut-on rêver mieux ?

Le e-learning revisité

Les fondateurs de Lecturio ont exploité une niche avec leur business modèle simple et novateur. Partant du principe que le coût de production unitaire d’un DVD de e-learning classique s’élève à au moins 35 euros, ils ont misé sur internet pour réduire considérablement ces coûts. Ils ont voulu convertir toutes les facultés de toutes les universités allemandes, et cela s’est fait progressivement. Aujourd’hui, Lecturio est partenaire des plus grandes écoles et universités allemandes, qui n’ont pas tardé à se prêter au jeu. Chaque année, de nouvelles institutions s’inscrivent et mettent en ligne leurs vidéos pédagogiques, moyennant un certain prix. Les professeurs et étudiants de ces universités partenaires ont alors libre accès à toutes les vidéos relatives à leur université.

C’est ainsi que j’ai pu, sans avoir une seule fois mis les pieds à Freising ou rencontré mon professeur, emmener ma classe de management de l’innovation dans mon lit, suivre les cours avec elle en décalé, mais préparer et présenter les examens au même moment. Suivre les cours d’un éminent professeur de l’autre côté de l’océan sans quitter son lit ? C’est donc possible. L’intimité d’une salle de classe étalée sur internet, les qualités pédagogiques d’un professeur exposées au jugement de tous, l’école qui s’invite à la maison, le cours du premier trimestre que l’on peut revivre autant de fois qu’on le désire, dans le train, autour d’un café avec des amis, le week-end ou au milieu de la nuit… Alors, je ne peux que me poser la question : Qu’attendent ces étudiants qui, malgré tout, se déplacent jusqu’à Freising, font l’effort d’être à l’heure, et de se taire pendant deux heures ? Mais aussi, que recherchent ces professeurs qui ne reculent guère devant le défi d’un cours magistral à portée planétaire ?

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