états-unis : vous ne mettrez jamais les pieds dans cette école

Elle est aux Etats-Unis, mais ce n’est pas une raison. Son nom : La 21st Century Virtual Academy. Elle appartient au groupe des écoles privées Jeffco, se trouve dans l’état du Colorado, ne compte pas moins de 750 étudiants et 11 professeurs à temps plein, et sa particularité, comme son nom l’indique, est qu’il s’agit d’une école entièrement virtuelle.

Le Time Magazine (lire l’article) a rencontré Jane Good, professeure à temps plein à la 21st Century Virtual Academy. Elle travaille de la maison et gagne chaque année 63.000$, soit l’équivalent de ce qu’elle aurait perçu en travaillant dans les locaux d’un lycée non-virtuel. Ce qu’elle attendait de ce type d’emploi, c’était l’occasion de passer plus de temps avec ses enfants. Il faut reconnaître – non pas sans humour – qu’un autre avantage du métier de professeur virtuel réside dans la tenue de travail : garder son pyjama et ses pantoufles à tête canine à l’école semble être un fantasme qu’enseignants et élèves partagent secrètement.

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Jane Good accompagne chaque jour une vingtaine d’étudiants, mais aussi une demi-douzaine de parents. Ces derniers, d’une certaine manière, s’impliqueraient beaucoup plus dans la scolarité de leurs enfants  grâce (ou à cause d’) internet. Ils s’incrusteraient librement dans les salles de classe bien que virtuelles, afin de contrôler les méthodes d’enseignement des professeurs. Jane Good a alors ce sentiment d’être surveillée et permanemment remise en question par certains parents d’élèves. Comme quoi, être professeur virtuel n’a pas que des avantages.

De l’utilité des écoles virtuelles

Quant à l’efficacité de tels dispositifs (une école entièrement en ligne), elle reste à mesurer. L’article du Time rappelle bien que l’éducation en ligne puise ses origines à la fin des années 1990. L’enjeu était, à l’époque, d’apporter aux régions rurales, des cours avancés dans des matières très spécialisées. Depuis lors, les réductions budgétaires dans le milieu scolaire ont amené un certain nombre d’écoles à se tourner vers des offres de cours en ligne, notamment pour satisfaire les besoins de cours de plus en plus spécifiques et pointus de certains étudiants et parents d’élèves. La conséquence logique de cette tendance est un besoin de plus en plus accru en professeurs virtuels, la plupart n’ayant jamais mis les pieds dans une salle de classe. Les écoles en ligne explosent sur tout le territoire américain, elles se comptent par centaines.

Apparaît alors dans le paysage académique, une toute nouvelle espèce de professeurs, qui font face à tout un éventail de nouveaux défis, dont celui de repérer et d’accompagner des étudiants en difficulté, alors même qu’ils ne peuvent pas les voir.

Cependant, ce qu’il faut ici préciser, c’est que ce qui compte dans l’enseignement que ces écoles proposent, n’est pas le « comment enseigner », mais bien le « comment garder ces jeunes dans le système scolaire ». Le véritable enjeu est donc bien la lutte contre la déscolarisation des 14-20 ans, qui sont la cible privilégiée de Jeffco.

Lutte contre les inégalités ou exploitation des enfants stars ? 

L’argument politique de la prévention de la déscolarisation des jeunes convient bien à un certain regard, un point de vue plausible qui a, je crois, une part de vrai. Quand on regarde la vidéo ci-dessus (qui, je vous l’accorde, manque totalement d’objectivité et de spontanéité, mais on peut les comprendre – on entend quand même un garçon de dix ans dire « grâce aux sorties éducatives, je peux interagir avec mes pairs »), on retient surtout les notions de « liberté » et de « flexibilité ».  Grâce aux écoles virtuelles, les jeunes prodiges de la chanson, de la télévision ou du patin à glace peuvent se consacrer pleinement à leur passion, leur carrière, tout en continuant de suivre le programme scolaire. L’argument politique n’en est pas moins valable, toujours est-il que l’enjeu économique lui fait de l’ombre (je vous entends déjà dire « Oui, mais c’est gratuit »).

L’enfant star étudie le soir, ou le week-end. Il peut même continuer d’avoir une vie sociale, grâce aux excursions sur le terrain que son école virtuelle met à sa disposition.

Il ne s’agit pas, ici, d’être pour ou contre les écoles virtuelles. Bien au contraire, je m’émerveille. Je vois bien qu’il existe mille et une façons d’apprendre. Sans cela, ce blog n’aurait aucune raison d’être.

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