école de la vie : la faculté d’éducation civique en péril

Je lisais aujourd’hui un article du journal Sud-Ouest qui titrait : « Des travaux pratiques d’éducation civique« .  J’ai pensé : « Tiens, c’est une idée ! Une école qui privilégie la formation de têtes bien faites… »

Dans la région d’Auch (32), des collégiens avaient été invités par le maire et son adjoint à tirer au sort les douze citoyens qui s’adjoindraient, comme jurés d’assise, aux juges professionnels. En effet, c’était un bon exercice pratique d’éducation civique, mais ce n’était pas vraiment ce à quoi je m’attendais, en lisant le titre de l’article.

Naïve que j’étais, j’avais tout de suite pensé « règles de politesse », « vivre ensemble » et « exercices de galanterie ». J’avais cru, un instant, que le civisme était revenu à l’ordre du jour. Je me suis étonnée du fait qu’il semblât plus facile de devenir docteur en astrophysique que de réunir les qualités d’un parfait gentilhomme. Je me suis demandé s’il serait évident de décrocher une maîtrise en éducation civique, si jamais cette filière était créée.

En France, le civisme est bel et bien en crise, même si – je vous l’accorde – le pays n’est pas le plus à plaindre. Je me rappelle qu’à mon premier noël en France, j’avais été frappée par le fait que personne ne vole les guirlandes dans la rue pour les accrocher à son sapin. Je me souviens aussi d’une Italienne me faisant remarquer que les Français s’excusaient à tout bout de champ : « Ah pardon » par ci, « Excusez-moi ? » par là. Et le vouvoiement qu’on ne retrouve que dans très peu de langues fait le charme des belles manières françaises.

Cependant, je me suis toutefois rendu compte de cette crise (car il y en a bien une) du civisme français en mettant le nez dehors, en m’éloignant un peu, en découvrant… le Japon. J’ai réalisé, en habitant dans ce pays, qu’il n’était pas normal qu’on me vole mon vélo, sous prétexte que je ne lui avais pas mis d’anti-vol et qu’il pleuvait des cordes. J’ai appris à donner un cadeau avec les deux mains, à m’incliner devant plus faible que moi, à ne jamais dire « je n’aime pas » à la vendeuse de vêtements.

En allant, une fois, à Disney Sea (l’homologue maritime de Disney Land) à Tokyo, je suis tombée sur une armée d’enfants en uniforme  plus blanc que blanc, tous armés d’un balai et d’une pelle, qui, au garde-à-vous, acceptaient la mission qui leur était donnée de maintenir le parc d’attraction dans un état de propreté irréprochable. Ah, l’éducation des enfants japonais… Je n’oublierai jamais ces quatre heures de lieder de Schubert, au cours desquelles la trentaine d’enfants en bas âge présents dans la salle de concert, ont observé un silence remarquable.

C’était possible ! Je l’ignorais. Les règles de savoir-vivre s’apprennent donc dans la durée et dès le berceau. Le sens du bien commun, du respect d’autrui et de son bien à lui, n’est pas inné chez les enfants. Il s’enseigne et ne se contente pas de paroles et de mots inscrits sur un tableau. L’éducation civique s’inculque par l’exemple et le geste. Elle s’apprend à l’école, dans les clubs de sport, et en famille. Le rôle des médias est, d’ailleurs, non-négligeable dans cette formation en continu des têtes bien faites de demain.

En revenant en France, j’ai eu l’impression de changer de planète. Déjà dans le parking de l’aéroport, deux automobilistes s’échangeaient des coups de klaxon tout en se donnant des noms d’oiseaux. Ca me changeait de ces Japonais qui s’excusaient presque de s’être fait démonter le pare-chocs arrière : « Oh pardon, c’est moi ! », « Mais non, c’est de ma faute ! »… Pas de ça ici.

Image : civisme : une remise de 10% pour les clients polis 

Alors à quand des travaux pratiques de savoir-vivre et de civisme ? J’imagine très bien les diverses saynètes sur l’estrade de la classe, où des jeunes apprendront à jeter leur chewing-gums dans une poubelle, à se faire discrets dans les transports en commun, à dire merci au monsieur du ménage, à ranger leurs portables quand on leur parle… Ces saynètes ont tout à fait leur place dans des web-séries ou sur le petit écran. Sauf erreur de ma part, savoir vivre ensemble, c’est une question d’éducation, non ?

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