« maîtresse, c’est quoi, un cahier ? » demanda un écolier sud-coréen

On savait déjà que la Corée du Sud était à la pointe de l’électronique, que les Sud-Coréens se passionnaient pour le numérique, cela n’empêche qu’on puisse être assez surpris d’apprendre que les livres et cahiers vont très bientôt disparaître des salles de classe sud-coréennes.

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Credits: Malte E. Kollenberg (Der Spiegel)

Des écoles sans papiers

Très bientôt, et le plus tôt sera le mieux, le gouvernement de Kim Hwang-Sik aura atteint son objectif : celui d’une éducation sans papiers ! Dans toutes les écoles, il faudra enseigner exclusivement à l’aide de livres numériques. Pour les jeunes Coréens, l’usage des ordinateurs, des lecteurs MP3 ou même des Blu-Rays n’est plus réservé aux loisirs depuis longtemps. Il s’est imposé dans les écoles et fait désormais partie intégrante des infrastructures éducatives. Il peut arriver, si l’on cherche bien, que l’on tombe, dans l’enceinte d’une école de Seoul, sur une personne tenant un stylo. Mais quand on la regardera de plus près, on constatera que ça n’était pas un stylo, mais un marqueur Velleda.

D’ici 2015, 11 000 écoles sud-coréennes devront être intégralement « digitalisées ». Le budget que l’Etat s’est donné pour cela s’élève à 2,5 milliards de dollars. 2,5 milliards pour faire disparaître des moindres recoins des écoles, toute trace de papier calque, papier millimétré, Paperboard, feuilles à carreaux. Les cartables se trouveront fort allégés, sans livres et sans cahiers. Les trousses disparaîtront des rayons de magasins, feutres, compas et rapporteurs n’auront plus leur place dans le vocabulaire des écoliers.

Là-bas, ils appellent ça « Smart Education » et se préparent, avec un scepticisme décroissant, à l’avènement d’écoles intelligentes (« smart schools »). Le gouvernement coréen a à coeur ce projet de modernisation (numérisation) de l’enseignement, et les bons scores de la Corée du Sud dans les dernières études du programme PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) de l’OCDE ne font qu’encourager leur démarche.

On reprochait déjà aux jeunes Coréens de passer leurs journées devant un écran (des écrans, dois-je dire), maintenant les vilaines habitudes deviennent légitimes. Apprendra-t-on encore à écrire dans ce pays où les crayons disparaissent ? Feuilleter un livre, caresser des pages, qu’adviendra-t-il de ce geste ? Il ira rejoindre le geste du pouce faisant des va-et-vient sur la manivelle de rembobinage d’un vieil appareil photo, au cimetière des gestes oubliés.

Et moi, quelques années plus tard, je relirai cet article en me disant : « J’y crois pas ! On dirait que je tenais à écrire dans des cahiers ! Et les arbres, et la déforestation ? J’y avais pensé, moi, aux arbres, en 2012 ? »

(Sur l’éducation en Corée du Sud, vous aimerez aussi l’article Tu seras premier, mon fils)

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