nombre de fautes, nombre de coups

La maîtresse est entrée dans la salle de classe d’une dizaine d’élèves apeurés. C’était presque pittoresque de voir ces enfants de sept ans à peine esquisser, tous en même temps, le même sursaut de terreur. C’était l’heure redoutable et douloureuse de la dictée-questions.

Le plus dur n’était pas les questions, ils pouvaient se tromper autant qu’ils le voulaient, là n’était pas le problème.Le plus dur était la dictée, où toute faute était sévèrement sanctionnée, par la main baguée et rugueuse de Maîtresse, ou par le « serpent noir » en cuir souple qu’elle gardait près de la boîte à craies.

– Ca y est ? Tout le monde a pris une copie ?

– Oui, Maîtresse, de leurs voix chevrotantes.

C’est dommage, elle était pourtant si jolie, sans doute plus belle que toutes leurs mamans. Les enfants avaient, en la regardant, le sentiment trouble de la hantise que la fascination accroît. Elle a prononcé, presque avec plaisir : « Nombre de fautes, nombre de coups ». Et il ne fallait pas s’aviser de pleurer avant, ça ne pouvait que précipiter le coup.

C’est amusant. Je l’écris en souriant.

Je m’amuse des diverses réactions que cette histoire provoque à chaque fois. Une violente indignation par là, une douce nostalgie chez les autres… Dans les écoles primaires du Cameroun, le châtiment corporel est toujours en vigueur. Quelle idée de l’enlever ? Personne ne s’en est jamais plaint. Il est la règle dans les écoles comme à la maison, c’est bien connu : « qui aime bien, châtie bien ». Il est si loin, le bon temps où, pour avoir oublié de faire signer mon cahier, je me mettais en rang dans l’allée entre les bancs, les bras tendus devant, les mains tournées vers le ciel indifférent, prêtes à recevoir les coups de fouet bruyants de la jolie maîtresse.

Je l’ai recroisée, un dimanche, quinze ans plus tard… J’ai sursauté. Elle était si contente de me voir…

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