corée du sud : tu seras premier, mon fils

esukudu_stressS’il y avait un championnat du monde des amoureux de l’école, la Corée du Sud aurait très certainement sa place sur le podium. L’école est une valeur fondamentale si bien ancrée dans la conscience des jeunes de ce pays que ces derniers se mettent une pression démesurée pour réussir. Ils appellent ça « la fièvre éducative » et les résultats sont là : les Sud-coréens de quinze ans occupent le second rang mondial en lecture et la quatrième place en mathématiques. Le revers de la médaille : hypercompétitivité poussée à l’extrême, des états de stress pouvant mener à des dépressions nerveuses, un taux de suicide record chez les jeunes.

Que le meilleur gagne

En Corée du Sud, les jeunes ne réclament pas plus de vacances ou un allongement du temps de récré. Ils n’ont qu’une seule idée en tête : la réussite de leurs études. Leus études, c’est toute leur vie. Là-bas, avoir une passion débridée pour l’éducation est plus ou moins la norme. Avoir hâte de gagner la bibliothèque après les cours, n’est pas considéré comme un comportement déviant. J’entends déjà des parents dire « ça alors, si j’avais su, j’aurais élevé les miens à Séoul ». Pas si vite !

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A l’heure des grandes vacances d’été, alors que vous emmenez toute la famille enchaîner siestes, promenades et pique-niques en Normandie ou faire des montagnes russes dans l’eau dans tel ou tel parc d’attractions, en Corée du Sud, les jeunes préfèrent encore étudier ! Pendant les grandes vacances d’hiver, 60% des jeunes Coréens étudient dix heures par jour, et six jours par semaine, pour la rentrée prochaine. Les centres éducatifs privés dans lesquels la majorité des élèves sud-coréens prennent des cours particuliers s’appellent des « hagwon« . En 2010, le magazine Télérama publiait un article bien nommé « En Corée, après l’école, c’est encore l’école » où l’on découvrait que, emportés par leur fièvre éducative, les élèves sud-coréens pouvaient avoir deux voire trois ans d’année d’avance sur le programme scolaire, si bien qu’ils s’ennuyaient à l’école. Au pays du Matin-Calme, les jeunes n’ont pas la tête aux loisirs, ils n’ont plus le temps. La journaliste, Emmanuelle Anizon, le dit si bien : « L’éducation, en Corée, c’est comme au Japon ou en Chine… mais puissance dix »

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Après tout, la toute première phrase des Entretiens de Confucius ne dit-elle pas « Celui qui étudie pour appliquer au bon moment n’y trouve-t-il pas de la satisfaction ? Si des amis viennent de loin recevoir ses leçons, n’éprouve-t-il pas une grande joie ? » Le savoir comme source de joie, les études comme garantes du bonheur à venir. Gardant à l’esprit les Analectes de Confucius, les jeunes Sud-coréens battent le record du monde des études longues : 8 Coréens sur 10 vont à l’université.

Trop d’école tue

Attention, la fièvre éducative dont souffrent les Coréens est potentiellement mortelle. La compétition s’étend à tous les domaines et n’épargne guère les parents, qui sont prêts à mettre leur bambin dans une crèche anglophone s’ils découvrent que le fils du voisin parle couramment anglais. Les lycéens sont très souvent amenés à aller à l’école à six heures du matin pour n’en revenir que vers minuit. Tous éprouvent l’urgence d’acquérir plus de connaissances, de s’informer en permanence. Les élèves qui ont plus de difficultés à suivre un tel rythme cèdent sous le poids du stress et de la honte, ils déçoivent leur famille et subissent leurs regards désapprobateurs. La conséquence de tout ça est une dépression nerveuse pour les plus chanceux, un suicide, pour les autres. La Corée du Sud a beau se classer deuxième en lecture et quatrième en mathématiques, c’est aussi le huitième pays au monde en taux de suicide (21,9 suicides pour 100 000 personnes par an, contre 16,2 pour la France qui, 18e mondiale, est l’un des pays d’Europe où l’on se donne le plus la mort).

La rançon du succès

Les Sud-Coréens ont choisi d’investir dans l’éducation, c’est, pour eux, le prix à payer pour devenir quelqu’un. Tout cela ne peut que me rappeler la fable de La Fontaine, « Le Laboureur et Ses Enfants » qui met en avant la valeur du travail chère à la Corée du Sud. Car quand on pense qu’en 1960, la Corée du Sud et le Cameroun avaient le même PIB… quand on réalise que ce pays jadis pauvre a lancé des marques comme LG, Samsung et Hyundai… quand on se dit qu’il est aujourd’hui la douzième puissance économique mondiale, on comprend bien cet attachement à l’éducation, qui lui a sauvé la vie, qui lui a donné un avenir.

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