let’s talk about sex baby, let’s talk about l’homophobie

Si l’on souhaite que nos enfants cessent de dire des conneries dans les bus, il va falloir prendre le taureau par les cornes dans les écoles et cesser, une bonne fois pour toutes, de faire l’autruche. Autant de métaphores animalières, pourquoi ? Parce que faute d’éducation civique, faute d’éducation sexuelle, nous élevons des animaux dans nos écoles républicaines. 

J’aurais pu attendre le 17 mai (journée internationale contre l’homophobie) pour écrire cet article, mais non, faut croire que j’en parle aujourd’hui, en réaction à un article de blog qui m’a interpellée ce soir : “Les lesbiennes font coiffure… Les pédés aussi.” Oh, mais lisez-le, je vous prie, il est très bon. L’auteur de cet article, Geoffrey Roucourt, est un militant politique. J’évite, en général, de reblogger les articles très engagés, mais ce dernier en valait la peine. Roucourt raconte une scène qu’il avait vécue dans un bus, impuissant, tout interdit, où une adolescente menaçait de se déscolariser, pour une raison toute simple : “Ouais, ça me saoule trop. Il n’y a que des lesbiennes et des pédés dans cette école.”

Charmant, n’est-ce pas ?

Roscoe Kaan (interprété par Donis Leonard Jr.) dans House of Lies

Que font les éducateurs ? (je n’évoque même pas les parents) L’homosexualité reste taboue dans les écoles (cliquez, c’est assez marrant). Oui, je sais : même en 2012. Je regardais récemment cette nouvelle série américaine, House of Lies, diffusée sur Showtime, et où le héros, Marty Kaan, un consultant en management qui a bien réussi sa carrière, a un fils de dix ans, Roscoe, bisexuel, travesti et au caractère bien trempé. Bien sûr, à New Pacific, l’école huppée dans laquelle Roscoe est inscrit, les élèves, les parents d’élèves et le corps enseignant ne voient pas d’un très bon oeil les choix vestimentaires du jeune Roscoe. Dès le deuxième épisode de la série, la directrice de New Pacific téléphone à Marty Kaan :

« Mme Calderon a envoyé Roscoe à mon bureau à cause de sa tenue qui perturbait les enfants. Un groupe de parents de la classe voudrait mettre un terme au mépris joyeux et effréné qu’a votre fils Roscoe pour la différenciation des sexes. » Mais heureusement, Marty Kaan soutient son fils jusqu’au bout et ne cesse de se battre (non pas sans user de ses talents de consultant et chercher la petite bête dans les rapports comptables de la New Pacific) pour que Roscoe ne soit pas expulsé.

Quelques épisodes plus loin (épisode 6), Roscoe est, une fois de plus, à deux doigts d’être mis à pied, pour une accusation qui s’avérera fausse : il aurait embrassé un de ses camarades de classe, ciel, un garçon, l’heure est grave et ses parents divorcés sont tous les deux convoqués. Si la mère est du même avis que la directrice (« Chéri, voyons la vérité en face : notre fils a un problème, voyons, il s’habille en fille… »), la tirade d’un Marty indigné mérite d’être citée ici : « En fait, ce que nous voyons ici, c’est une culture en échec. C’est un paradigme pédagogique brisé dans l’école New Pacific. Ce qui a commencé comme un système basé sur l’enseignement théosophique quasi-parfait de Rudolf Steiner se trouve maintenant démonté. C’est désormais une conception démodée, anachronique, abâtardissante, vraiment une limitation de son intention initiale. »

Que faire quand l’école refuse d’éduquer les enfants à la tolérance ? Que faire quand les questions de sexe, de genre et d’orientation sexuelle restent taboues ? La scène à laquelle Geoffrey Roucourt avait assité dans le bus n’est pas anodine. Il écrit sur son blog : « Ces ados devaient avoir quelque chose comme 16-17 ans. Ils m’ont aussi remis en colère contre un système scolaire qui ne prend que trop peu (ou quasi pas) en compte l’éducation affective et sexuelle. Oui il est temps que, dans tous les réseaux et dans tous les niveaux d’enseignement (général, technique et professionnel), on enseigne aux élèves l’existence de différentes formes de sexualités, de différents genres, etc. » 
Souvenez-vous, j’avais écrit un billet d’humeur sur la crise du civisme (lire l’article « école de la vie : la faculté d’éducation civique en péril« ). Eh bien, aux travaux pratiques d’éducation civique, j’aimerais rajouter dans ma recette de l’école idéale, des cours d’éducation sexuelle et affective. Ca n’arrêtera peut-être pas l’homophobie, mais ça aura l’avantage de réduire considérablement le flot de paroles méprisantes que les jeunes (qui seront tôt ou tard moins jeunes) sont capables de dire dans un bus. Karen Klein pourra alors reprendre le bus tranquillement, sans craindre d’être insultée et humiliée par une dizaine de têtes à claques qui la traiteront de troll, la filmeront avec leurs smartphones et l’afficheront sur Youtube.

Au Cameroun (où j’ai vécu jusqu’à mes 15 ans), je recevais au collège des cours d’EVA (Education à la Vie et à l’Amour). J’apprenais ainsi qu’il y avait des maladies sexuellement transmissibles, je mémorisais les vertus cardinales et les péchés capitaux, j’apprenais à aider mon  prochain… C’était un bon début. Un joli pas en avant. Dans un pays où le seul soupçon d’homosexualité est passible de cinq ans d’emprisonnement ferme. Oh. Cent pas en arrière.

Je ne peux m’empêcher, pour conclure, de citer Georges Brassens :

« Quand les cons sont braves, comme moi, comme toi,
Comme nous, comme vous, ce n’est pas très grave.
Qu’ils commettent, se permettent des bêtises, des sottises, qu’ils déraisonnent,
Ils n’emmerdent personne.
Par malheur sur terre, les trois quarts des tocards sont des gens très méchants, des crétins sectaires.
Ils s’agitent, ils s’excitent, ils s’emploient, ils déploient leur zèle à la ronde,
Ils emmerdent tout le monde. »

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