thaïlande : 1,7 million de tablettes offertes aux élèves… 1,7 million de miroirs aux alouettes ?

Ce jeudi 21 mars, l’annonce officielle est tombée : après avoir mis, l’an dernier, 850 000 tablettes au service de l’éducation, le gouvernement thaïlandais remet ça, en passant la commande d’1,7 million de tablettes tactiles qui seront distribuées gratuitement aux écoliers du pays. Du jamais vu à ce jour, dans aucun pays du monde ; en tout cas, pas de cette ampleur. L’objectif est de faire monter ce chiffre à 7 millions de tablettes en 2014.

Cette année, un budget de 4 milliards de bahts (environ 150 millions d’euros) a donc été débloqué pour l’achat de ces tablettes au mois d’avril 2013. Neuf entreprises (chinoises, allemandes, indiennes, néerlandaises) auraient répondu à l’appel d’offre, pour fournir à des élèves du primaire et du collège, et aussi à des enseignants, les tablettes de l’école de demain.

Un cadeau empoisonné ?

Un miroir aux alouettes, diraient plutôt certains. Cette opération quasi-pharaonique s’inscrit depuis 2011 dans le programme « Une tablette par enfant » de la première ministre Yingluck Shinawatra, qui avait fait campagne dans un contexte de crise du système éducatif, en promettant à la jeunesse thaïlande un avenir branché. Selon un article publié en 2012 dans The Economist, cette manne technologique que l’Etat-Providence fait pleuvoir sur la Thaïlande serait une bien jolie façon de détourner l’attention sur les véritables failles du système éducatif, ces mêmes failles qui ont été à l’origine de nombreuses grèves et soulèvements populaires.

L’Etat thaïlandais consacre 20% de son budget à l’éducation, faisant de l’éducation le plus important poste budgétaire du pays. Cependant, ces investissements n’améliorent en rien la situation déplorable du système éducatif. Même si le taux de scolarisation tend à augmenter, la qualité de l’enseignement, elle, reste en chute libre, et cela se lit dans les rapports du World Economic Forum, et même dans le classement PISA. Les employeurs se plaignent d’avoir du mal à recruter des talents nationaux sachant correctement lire et écrire. Et dans un tel contexte, le gouvernement choisit de faire miroiter des tablettes, dépensant ainsi des sommes folles dans 1,7 million de superflu.

L’avis d’esukudu

Du bling bling que cela, ou plutôt une stratégie réchauffée de marketing national. Ca serait comme si une équipe de football en crise (le PSG à tout hasard), dépensait une fortune inconsidérable pour recruter un mannequin allergique au ballon (prenons…David Beckham, tiens) : c’est beau, c’est cher et ça ne change rien au problème. Un bout de sparadrap sur une plaie béante, même incrusté de diamants, restera toujours un bout de sparadrap.

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