zoom sur le « visible learning » : l’enseignant au centre de la réussite scolaire

esukudu_never_stop_learning-001Qu’est-ce qu’un bon enseignant ? Nous détenons peut-être la réponse à cette question. John Hattie. Je me demande si ce nom a autant de résonance dans le milieu éducatif français qu’il ne l’a en Allemagne ou dans son pays, la Nouvelle-Zélande. Eminent professeur et chercheur en éducation, chevalier de l’ordre du mérite néo-zélandais, il est notamment connu comme étant l’homme derrière le « visible learning« .

Depuis plus de quarante ans, John Hattie étudie, interroge et conceptualise les indices de performance et d’évaluation en éducation, les outils de mesure de la créativité, mais aussi et surtout les modèles d’apprentissage et les techniques d’enseignement. Il s’est appuyé sur près de 50 000 études empiriques et plus de 800 méta-analyses pour bâtir la méthode de « l’apprentissage visible » ; et pour vous donner une idée plus précise de son école de pensée, voici les grandes lignes (« big ideas ») de ses découvertes :

  • Qu’est-ce qui nuit à l’apprentissage ?  Les vacances d’été, rester assis, regarder la télévision.
  • Qu’est-ce qui ne contribue ni ne nuit à l’apprentissage ? Un cours ouvert, le team teaching (l’enseignement en équipe), intégrer plusieurs classes d’âge dans un cours
  • Qu’est-ce qui contribue un peu à l’apprentissage ? Les devoirs, la taille de la classe, les moyens financiers
  • Qu’est-ce qui contribue un peu plus à l’apprentissage ? Des offres supplémentaires pour les plus performants, l’apprentissage coopératif, l’instruction directe
  • Qu’est-ce qui contribue particulièrement bien à l’apprentissage ? Les stratégies d’apprentissages, le feedback de l’enseignant, la qualité du cours

Après avoir identifié les facteurs qui influencent la réussite de l’apprentissage, Hattie en déduit les conditions pour faire un bon cours à l’école : D’une part, les enseignants et leurs cours sont au coeur de la réussite de l’apprentissage scolaire (voir vidéo « Know Thy Impact« ). D’autre part,  des réformes orientées sur le développement et l’évolution des cours serviraient plus efficacement la cause éducative que n’importe quelle réforme structurelle.

Le livre "Visible Learning for Teachers" est disponible sur Amazon au prix de 28,40€ (Livre en anglais)

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L’apprentissage invisible place alors non pas les qualités de l’élève, mais celles de l’enseignant au centre du système éducatif. Cela ne relègue pas l’élève à un second rôle, si ce n’est un rôle de figuration, bien au contraire, cela permet de juger la qualité d’un enseignement, par la capacité de l’enseignant à se taire et à écouter son élève. La réussite éducative vue par Hattie dépend de la volonté de l’enseignant à placer l’élève au coeur de son enseignement, à se mettre dans la peau de l’élève, à lui transmettre les outils dont il a besoin pour devenir lui-même son propre enseignant. Inviter l’élève à enseigner avec son maître, à découvrir l’impact qu’il peut avoir sur lui-même, voilà tout l’art d’apprendre et d’enseigner.

A côté de cela, Hattie insiste sur l‘importance du respect et de rapports de confiance entre l’enseignant et ses élèves, dans les résultats scolaires de ces derniers. Cette entente entre enseignant et élève rend possible un cours fondé sur le dialogue et l’échange, ce qui est beaucoup plus efficace que le seul monologue de l’enseignant au tableau. Hattie recommande des discussions intenses et animées, qui s’inscrivent de façon équilibrée et bien visible (visible learning and visible teaching) dans chacune de ces trois dimensions : la connaissance des faits (surface), la compréhension des contextes (deep) et l’intégration de ce savoir dans une conception, une théorie, une vision du monde (conceptual). John Hattie déplore la prépondérance du superficiel dans l’enseignement. Il distingue, de plus, dans le processus d’apprentissage, les trois phases du développement de compétences : la phase débutant (novice), la phase avancée (capable) et l’expertise approfondie (proficient). Grâce à l’hétérogénéité de la classe, l’enseignant peut s’adresser à chacune de ces trois phases et mener l’ensemble des élèves vers le niveau supérieur d’expert en la matière. Pour Hattie, les enseignants sont eux-mêmes des experts adaptatifs (adaptive experts) qui savent précisément où en sont leurs élèves, s’ils sont ou non en train d’apprendre quelque chose et quelle sera la prochaine étape de leur processus d’apprentissage. Cette compétence exige de leur part un certain degré d’empathie, dans la mesure où ils doivent pouvoir voir le processus d’apprentissage à travers la perspective de l’apprenant (« to see learning processes through the  eyes of the students »).

Les baromètres d'influence selon J. Hattie

Les baromètres d’influence selon J. Hattie

John Hattie insiste particulièrement sur trois principes : 1) Pour l’apprentissage de nouveaux contenus, il faut absolument discerner le sens du précédent savoir ; 2) Le nouveau savoir doit être solidement lié au présent savoir, afin de rendre possible la compréhension conceptuelle ; 3) Il s’agit d’établir une pensée sur la pensée, et de s’en servir. De telles formes de réflexions métacognitives constituent la base d’une auto-régulation réussie dans le cadre des procesus d’apprentissage (p.102).

Un apprentissage réussi nécessite avant tout deux facultés : 1) le fait d’être conscient que l’on apprend 2) la concentration. John Hattie attire l’attention sur le fait qu’il n’est pas de plaisir continu dans le processus d’apprentissage. Il y a des phases d’efforts nécessaires par lesquelles l’élève devra passer, et qui ne seront pas toujours agréables, mais qui le conduiront vers sa capacité à effectuer les mêmes tâches avec rapidité, assurance et efficacité. En ce sens, un apprentissage réussi nécessite une certaine observation de soi, de l’auto-critique et les réactions appropriées qui en découlent (p. 108). Pour John Hattie, on sous-estime trop souvent le rôle déterminant de la concentration et de la persistance. La mission de l’enseignant est de motiver l’apprenant à rester concentré et à persévérer dans l’effort.

Enfin, l’un des mots clés incontournables de la théorie de John Hattie est le « feedback » : l’enseignant doit régulièrement donner à son élève un feedback de son évolution dans le processus d’apprentissage, afin que ce dernier sache clairement se situer sur chacun de ces plans : 1) le devoir (« task – where am I going?« ), 2) le processus (« process – how am I going?« ) et 3) l’auto-régulation et les étapes suivantes (« self-regulation – where to go next?« ) (p.116) Il est toutefois intéressant de noter que 80% de l’ensemble des retours que reçoivent les élèves proviennent d’autres élèves (peer feedback). Il est donc d’autant plus crucial que l’enseignant travaille à la qualité et à l’acceptation de son feedback.

Le livre « Visible Learning for teachers – Maximizing impact on learning » a été publié en 2012, à la suite de « Visible Learning: A synthesis of 800+ meta-analyses on achievement » (2009) Il donne à l’enseignant les clés de la réussite scolaire et lui apprend à se remettre en question devant chaque échec de l’élève (« where did I go wrong? ») De même, il pourra aussi se féliciter des succès de ce derrnier.

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