allemagne : physique, chimie et SVT à la crèche (pas de temps à perdre !)

Fondation soutenue par le ministère fédéral allemand pour l’éducation et la recherche, la Maison des Petits Chercheurs (Haus der kleinen Forscher) s’engage depuis 2006 à s’établir dans un maximum de crèches et écoles maternelles d’Allemagne (plus de 220 à ce jour), afin d’y éveiller les petits à la recherche scientifique. Etant donné la place majeure de l’industrie et des technologies dans son économie, la société allemande est particulièrement tournée vers les sciences (par exemple, à l’université, tout étudiant qui suit un parcours « école de commerce » est obligé de valider, en parallèle, des compétences en chimie ou en informatique) C’est donc tout naturellement que l’Allemagne a décidé d’étendre cette culture scientifique aux maternelles, à l’âge des « pourquoi », l’âge où la curiosité intellectuelle des enfants est à son paroxysme. Lecteurs germanophones, voici une vidéo qui vous présentera le projet éducatif de cette fondation :

La mission de la fondation « Maison des Petits Chercheurs » est d’initier durablement les maternelles aux sciences naturelles, aux techniques et aux mathématiques, d’affiner suffisamment tôt leur goût pour les matières scientifiques et de former en eux, et ce, irréversiblement, un esprit scientifique qui leur servira, plus tard, notamment sur le marché de l’emploi. Qu’est-ce que le temps ? Pourquoi les arcs-en-ciel ? D’où vient le vent ? Pourquoi la lune me suit-elle ? Autant de questions que les enfants se posent et auxquelles ils trouvent une réponse en observant, en émettant des hypothèses, en expérimentant, en comprenant, dans leur maison de petits chercheurs.

Ce projet est né du programme « McKinsey bildet » (trad. : « McKinsey éduque »), par lequel la fondation de l’entreprise McKinsey s’engageait, en Allemagne, pour l’éducation des tout-petits. La fondation Siemens et la Helmholtz-Gemeinschaft (la plus grande organisation scientifique d’Allemagne) sont, elles aussi,  partenaires officielles de la Fondation « Maison des petits chercheurs ».

« Attention ! Ils apprennent beaucoup trop vite ! »

Livre disponible en allemand sur Amazon (17,79EUR)

Livre disponible en allemand sur Amazon (17,79EUR)

Ce projet fait face, toutefois, à de nombreux détracteurs. Le plus notable est le pédagogue germano-indien Dr. Salman Ansari, qui ne voit pas ce programme d’un très bon oeil. Chimiste de formation, il est l’auteur de plusieurs essais pédagogiques sur l’esprit de curiosité des enfants face aux phénomènes de la nature. Le titre de son dernier livre (voir ci-contre) parle de lui-même : « SAUVEZ LA CURIOSITE ! Contre l’universitarisation de l’enfance »  (Editions Krüger, 2013) Salman Ansari y dénonce des initiatives comme celle de la Maison des petits chercheurs :

« On ne cesse d’y répendre l’illusion selon laquelle l’éducation serait une réduction de la réalité, et que l’expérience consisterait juste à regarder dans une cornue. »

Pour Salman Ansari, on y répond à des questions que les enfants n’ont pas posées eux-mêmes. Il précise, par exemple, n’avoir, de sa vie, jamais entendu un enfant demander pourquoi le ciel est bleu ou si les bulles de savon peuvent avoir une forme étoilée ; et pourtant, ce sont toujours ces mêmes questions qui reviennent dans les programmes éducatifs de la petite enfance.

A trop vouloir étancher leur soif de connaissances, on finit par les soûler !

Salman Ansari raconte dans son livre, comment il a souhaité aborder, une fois, avec un groupe d’élèves de six à sept ans, la question de savoir si l’air peut vraiment « rester en l’air ». Il fut déçu de voir qu’ à à peine sept ans, ces élèves étaient déjà blasés, fatigués de toutes ces expériences sur l’air, dont ils savaient déjà tout !

Au Pr. Dr. Yvonne Anders, psychologue allemande spécialisée dans l’éducation des enfants, de trancher : Selon elle, personne ne souhaite emmener l’école dans la crèche ou retirer le plaisir et la joie de vivre de l’enfance. Les initiatives comme celle des « Petits chercheurs » ne visent pas à se focaliser exclusivement sur les expériences en elles-mêmes, mais plutôt sur les situations de la vie de tous les jours. Et elle rejoint l’avis de Salman Ansari en disant qu’on pourrait par exemple, à la cantine de la crèche, servir des pommes au dessert, et en profiter pour demander aux enfants combien de pépins une telle pomme possède.

En Bavière, des chercheurs de l’Université de Bamberg ont lancé entre septembre 2004 et juillet 2009 un projet pilote nommé « Kindergarten der Zukunft – KiDZ » (trad.: les halte-garderies de demain). Les résultats étaient plutôt concluants : les enfants des crèches tirent profit de connaissances mathématiques et linguistiques, sans pour autant perdre en bien-être et épanouissement personnel, comme on pourrait le craindre.

Pour ma part, au cours de ma formation BAFA, j’avais créé un jeu pour les primaires, que j’ai appelé « Les savants fous » : il mêlait calcul mental, culture générale et saut à cloche-pieds, s’articulait autour de la vie d’un savant (moi, déguisée en Marie Curie) qui détenait l’antidote pour guérir une princesse. Le jeu se terminait par une visite de la Fondation Pierre et Marie Curie, à Paris. Il a été très apprécié !

Si vous avez aimé cet article, vous aimeriez aussi :

Publicités