avant, les devoirs, c’était pas marrant ; mais ça, c’était avant.

esukudu_milene_joubertSilence, on joue ! Pour Milène Joubert, professionnelle du coaching et de l’aide aux devoirs et administratrice de la page Facebook « Apprendre en jouant« , chaque enseignant doit se servir du jeu, pour s’adapter au mode d’intelligence de l’enfant et lui permettre de découvrir son talent. Il est révolu, le temps où les élèves récompensés étaient ceux qui restaient bien sagement assis sur leur chaise. Milène Joubert n’a qu’un mot d’ordre : jouer !

esukudu : Racontez-nous votre parcours et comment vous êtes tombée dans la soupe de l’éducation !

Milène Joubert : Depuis enfant, avec mes petits cousins, mes frères et sœurs, j’aimais déjà la pédagogie : je leur faisais la classe, je les mettais en scène dans des pièces de théâtre et des chorégraphies. Grandir et faire évoluer les autres, voilà ce qui me plaisait. Cependant, mon parcours s’est éloigné de l’éducation, que j’ai retrouvée il y a seulement deux ans. J’ai fait des études d’allemand à Rennes, suivies par une licence en hôtellerie à l’issue de laquelle j’ai commencé à travailler dans de grands hôtels parisiens. En 2000, je suis partie pour les Etats-Unis, et trois ans plus tard, je décrochais un master en management hôtelier. Grâce à l’hôtellerie, je me suis rapprochée, sans le savoir, du monde de la pédagogie. Salariée dans un grand groupe hôtelier, j’avais à former de grands enfants. J’y ai tellement pris goût que je me suis orientée, par la suite, vers le coaching. En 2010, j’ai commencé une formation de neuf mois dans un institut de coaching appelé « Le Playground » (« le terrain de jeu »). J’ai perfectionné tout ça par un programme de certification qui a duré neuf mois, lui aussi, et m’a permis d’obtenir un diplôme de coach reconnu par la fédération internationale de coaching.

Puis, en 2012, j’ai rencontré Acadomia. Je me suis mise à faire du soutien scolaire à des enfants du CM1 à la 5e, et je me suis éclatée ! C’est de là que l’idée m’est venue de créer des outils ludiques pour enseigner l’anglais.

esukudu : Et que faites-vous avec ces enfants, pendant vos cours ?

M.J. : On joue ! Par exemple, un élève avait une poésie à apprendre et était angoissé à l’idée de la réciter devant toute la classe. Alors, je lui ai dit : « On va jouer au théâtre ! » On a appris à travailler la gestuelle, la posture, le regard. En faisant cela, il mémorisait, à son insu, les phrases de son poème. Un autre élève devait apprendre par cœur une liste de sports en allemand. Comme c’était un élève kinesthésique qui avait besoin de bouger pour apprendre, je lui ai dit : « Tiens, on va faire du mime ! » Il fallait mimer les sports pour les faire deviner en allemand. Chacun à son tour, l’élève et le maître, devait se prêter au jeu !

Je crée sur le moment l’activité adéquate, adaptée à l’enfant, à ce qui le motive et à son type d’intelligence. Mon mot d’ordre, quelle que soit la situation, reste « jouer » !

esukudu : “Apprendre en jouant”, qu’est-ce que c’est ?     

M.J. : J’avais mis en place deux brochures : une sur le coaching scolaire et une sur l’apprentissage de l’anglais  en s’amusant. C’est alors que plusieurs personnes m’ont encouragée à communiquer davantage sur la thématique du ludo-éducatif. J’ai commencé tout récemment par une page Facebook, « Apprendre en jouant », qui en un mois a attiré des centaines de fans. Il y a beaucoup de partages, des mamans m’écrivent, je suis étonnée de ce vif intérêt que la page a suscité, je ne m’y attendais pas. Je suis contente que ça parle aux gens.

esukudu : Aujourd’hui les tablettes pour enfants et les applications éducatives se frayent une place dans les écoles et les programmes scolaires. Diriez-vous que l’école en France est entrée dans l’ère du ludo-éducatif ?

M.J. : J’ai l’impression que ça évolue un peu. J’ai entendu que quelques écoles à Paris utilisent la technique du « mind-mapping », cette technique de cartographie mentale pour la mémorisation. C’est génial pour jouer ! J’aime bien aussi « Speakyplanet », une plateforme digitale où les enfants jouent pour assimiler l’anglais et devenir bilingues ! Les choses sont en train de bouger, il y a encore du dépoussiérage à faire. La véritable mission éducative de l’enseignant est de mettre à disposition de l’enfant des outils pédagogiques qui lui permettront de découvrir son talent.

esukudu : Pendant des siècles, dans les sociétés européennes, on a mis la bride aux enfants. L’école a récompensé les plus sages, les plus calmes, ceux qui restaient bien assis dans leur chaise. Maintenant, elle les invite à s’amuser. Comment expliques-tu cette montée du jeu dans l’éducation ?

M.J. : Les enfants d’aujourd’hui sont différents de nous. Le monde et les technologies ont changé. Les enfants sont là pour nous dire ce qui marche et ce qui ne marche pas. Les Français ont fini par comprendre que garder un enfant « attaché » à une chaise pendant huit heures, n’est pas adapté. L’enfant a besoin de bouger, il n’est pas qu’un cerveau et le corps n’est pas juste ce qui porte la tête.

esukudu : Si vous aviez une baguette magique, que feriez-vous pour changer tout cela ?

M.J. : Je créerais un centre de développement personnel pour les enfants. Ils y travailleraient leurs formes d’intelligence, y feraient des exercices de relaxation, de visualisation, de développement personnel au travers du théâtre, de la danse, d’exercices de brain-gym. Ce serait un endroit paisible dans la nature où les enfants pourraient cultiver un potager et travailler sur des projets et des causes qui leur tiennent à cœur. Ce serait aussi un endroit de thérapie pour débloquer leurs peurs et leurs angoisses.

esukudu : Quelle est l’actualité éducative qui vous a marquée récemment ?     

M.J. : C’est un livre qui m’a bouleversée dernièrement : « EduKa 3000 – L’éducation, une stratégie pour réenchanter la vie ». C’est une adaptation de « Pedagoogia 3000 », qui est un best-seller en Amérique du Sud. L’Amérique du Sud est très avancée sur les questions éducatives. Je les trouve très proches de la réalité et très innovants. Il faut absolument le lire : « EduKa 3000 – L’éducation… »

esukudu : Adjugé, vendu, je l’achète ! Sinon, le mot de la fin ?

M.J. : Grandir, c’est sans fin. On évolue toute sa vie. Je souhaite à tout le monde (aux petits comme aux grands) de prendre du plaisir en toute chose.

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