éducation et neurosciences affectives : les émotions ne comptent pas pour des prunes

esukudu_catherine_gueguen_emotions_neurosciences_affectives_enfantLe Dr. Catherine Guéguen, pédiatre à l’Institut hospitalier franco-britannique de Levallois-Perret, est l’auteure du livre Pour une enfance heureuse : repenser l’éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau (Pocket, 2015). Dans la vidéo qui suit, elle souligne l’importance des émotions dans le développement de l’enfant, et le rôle déterminant des parents et éducateurs dans la formation du cortex orbitofrontal du futur adulte.

Le dernier film d’animation des studios Pixar, Vice Versa, nous projette à l’intérieur de la tour de contrôle des émotions, dans le cerveau d’une petite fille. La vulgarisation scientifique que nous en fait le Dr. Guéguen est plus fournie, moins marrante, mais tout aussi fascinante pour les non-avertis.

La branche de la recherche scientifique qui s’occupe des émotions, est la neuroscience affective. Contrairement aux neurosciences cognitives qui traitent de l’intellect (pensée, mémoire, langage), les neurosciences affectives traitent des capacités relationnelles et des émotions des humains. Une très grande partie du cerveau humain est, en effet, vouée à la rencontre humaine, et les émotions ne sont que des réactions biologiques à un événement extérieur. Et pourtant, ces réactions biologiques peuvent avoir un impact positif ou négatif, passager ou durable sur le psychisme humain. Le cerveau humain étant extrêmement malléable, celui de l’enfant l’est encore plus. Ce sont donc les adultes qui participent à son éducation, qui vont intervenir pour le long terme, dans la formation du cortex préfrontal (siège des émotions) de l’enfant.

quand on dit une méchanceté à mon sujetesukudu_gif_enfant_heureux_danse

La recherche en neuroscience affective montre que l’enfant est incapable de gérer ses émotions. Celles-ci sont vécues sans filtre : les joies, les colères comme les chagrins, sont d’une très grande intensité. Cela est dû au fait que contrairement à celui de l’adulte (qui lui, sait gérer ses émotions), le cerveau préfrontal de l’enfant est totalement immature. Il faut 25 ans pour que le cerveau humain devienne adulte ! Jusqu’à ses 5 – 6 ans, l’enfant est victime de ses tempêtes émotionnelles et il secrète des molécules de stress qui s’avèrent très toxiques pour son cerveau, et nuisent, entre autres, à sa capacité d’apprendre.

Les recherches d’Allan Schore (l’un des pionniers de la neuroscience affective et chercheur à l’Université de Californie) montrent comment l’intervention des adultes qui rassurent et calment l’enfant, participe à la maturation du cortex orbitofrontal. Ce cortex orbitofrontal est le siège de l’empathie, de la capacité à faire des choix de vie, le siège de l’amour, du sens éthique et moral, et de la gestion des émotions. L’absence d’empathie et de bienveillance des parents face aux crises de colères ou de larmes de l’enfant, serait à l’origine de la majorité des problèmes psychiatriques que cet enfant rencontrera à l’âge adulte : violence, anxiété, manque d’empathie, corruption, addictions à l’alcool et aux drogues, dépressions… En effet, tout ce que vivra l’enfant sur le plan affectif modifiera son cerveau en profondeur : les neurones, les molécules cérébrales, les circuits cérébraux et même les gènes seront atteints.

esukudu_hippocampeDans la deuxième partie de la vidéo, le Dr. Guéguen nous présente la structure cérébrale qui est le lieu de la mémoire et de l’apprentissage : il s’agit de l’hippocampe.  Les recherches du Dr. Joan Luby (Université de Washington) qui a mené des IRM sur une centaine d’enfants de 10 à 13 ans, ont démontré que quand les adultes encouragent l’enfant positivement et le soutiennent, l’hippocampe s’agrandit et l’enfant est capable de mémoriser et d’apprendre. (Lire aussi Québec : « Tu es le meilleur », la formule magique de la réussite scolaire). En revanche, et comme le montrent les études du Pr. Dr. Martin Teicher, chercheur à Harvard, les humiliations verbales et les châtiments corporels dans le milieu éducatif (Lire aussi Nombre de fautes, Nombre de coups) participent au rétrécissement de l’hippocampe et à la libération de molécules de stress très toxiques pour le cerveau de l’enfant. Le Pr. Bruce McEwen (Université du Minnesota) montre comment le stress, sur un cerveau très fragile, détruit des neurones dans les structures cérébrales, y compris le lobe orbitofrontal, siège des émotions : Cette destruction est le fait de l’excès de cortisol, une hormone secrétée par le cortex. Enfin, les recherches du Pr. Michael Heaney (Université du Michigan) montrent que le cerveau d’un enfant dont on a pris soin, avec qui l’on s’est montré bienveillant et chaleureux, secrète de l’ocytocine, une hormone qui permet d’être empathique, de diminuer le stress, d’avoir confiance en soi et d’aimer.

Quand on est empathique avec un enfant, ce dernier devient empathique. Lorsqu’on se montre agressif avec un enfant, on fabrique un enfant agressif. Alors, selon le Dr. Guéguen, si l’on veut avoir une humanité plus pacifique et empathique, il faudrait déjà commencer par arrêter les fessées, les punitions, et les humiliations verbales chez l’enfant. Des stages de communication non violente (CNV) sont à la disposition des parents qui n’ont pas eu la chance de grandir dans des environnements bienveillants. Quant aux milliards de familles à travers le monde, où la violence faite aux enfants est la règle, on trouvera bien une solution. Esukudu y réfléchit.

« Qu’est-ce que je fais ? Je leur colle un pain ? Non, parce que leur corps va garder en mémoire toutes les traces nocives. Je l’ai entendu. Il paraît que plus tard, il peuvent devenir dictateurs, que si y a une guerre, ce sera de ta faute ! » ~Christophe Alévêque dans son sketche, « L’éducation parentale »

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