youtube, l’école des autodidactes

L’autre jour, mon frère vint me dire : « J’ai envie de créer un dessin animé en 2D ». Je lui ai répondu : « Tu sais qu’il y a des écoles pour ça ? Tu n’as pas fait la bonne ». Non mais, je me suis crue où ? En 95 ? Dix minutes plus tard, mon frère était sur YouTube, en train d’écouter un petit garçon prépubère lui expliquer comment créer une animation 2D. Sur le portail vidéo de Google, d’autres petits garçons du même âge (on les reconnaît à leur voix fluette qui dit : « Je dois mettre pause, ma maman m’appelle ») lui avaient déjà enseigné comment réparer une carte mémoire ou retirer et sauvegarder le disque dur d’un ordinateur en panne. Depuis, mon frère s’improvise dépanneur informatique pour demoiselles en détresse.

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YouTube est plus qu’une collection de chaînes de musique et de comédie, c’est aussi le haut lieu de tutoriels vidéos en tous genres, où des gens qui ont appris tous seuls, vous aident à apprendre tout seul. Sur YouTube, j’ai appris à faire des tresses africaines « collées » sur cheveux caucasiens, et le même jour, je postais une annonce sur Le Bon Coin : « Tresses africaines sans douleur ». J’ai aussi appris à nouer des foulards comme Erykah Badu, à danser la choré de « Thriller » de Michael Jackson, à conduire une voiture grâce à la chaîne Les Clés du Permis, à parler italien avec pour unique prof, le formidable Albo The Minstrel. Je dois ma maîtrise de plusieurs logiciels d’audiovisuel à des tutoriels que des âmes généreuses ont gracieusement mis en ligne, et non à une formation accélérée onéreuse sur les bancs d’une école de cinéma.

Le 26 août dernier, le Kényan Julius Yego a remporté la médaille d’or de lancer de javelot aux Championnats du monde d’athlétisme de Pékin. Dans quel club a-t-il été formé ? Aucun. Il a pratiquement tout appris sur YouTube, en observant les vidéos du Tchèque Železný et du Norvégien Andreas Thorkildsen, tous deux médaillés olympiques et champions du monde. Yego dit : « Mon coach, c’est moi, et les vidéos YouTube. » Il n’avait pas vraiment le choix : « Au Kenya, tout le monde est coureur », les coaches ne s’intéressent guère aux lanceurs de javelot.

Aujourd’hui, n’importe qui, n’importe où, peut, d’un simple clic, avoir accès à l’éducation et au savoir. Le canal qui le rend possible, c’est le bienheureux YouTube, où l’on trouve, qu’on se le dise, de tout et n’importe quoi. Le contenu éducatif de qualité dans divers domaines (cuisine, arts, santé, beauté, nature…) est assuré, entre autres, par des organismes comme Sikana.

A la productrice de cinéma qui m’a dit un jour : « Pourquoi donnerais-je des conseils à quelqu’un que je ne connais pas ? », je réponds : « Ne va surtout pas sur internet, tu risques de recevoir des conseils de gens que tu ne connais pas ». Quand on voit le temps que ces personnes prennent pour réaliser et éditer ces vidéos, et les mettre gratuitement à la disposition des masses, c’est tout simplement admirable.

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