6 ans : l’âge auquel les filles intériorisent qu’elles sont moins intelligentes que les garçons

La revue Science vient de publier une étude menée sur 400 enfants aux Etats-Unis, âgés de 5 à 7 ans. Les résultats, peu étonnants, n’en sont pas moins alarmants : les petites filles pensent que l’intelligence est l’apanage des garçons.

La plupart de ces enfants de l’échantillon sont issus de classe moyenne et 75% de ces enfants sont de race blanche, mais d’après les chercheuses et chercheurs à l’origine de cette étude, la race et la classe sociale ont eu un impact peu significatif sur les résultats. Les enfants, filles et garçons, ont été soumis à plusieurs tests. L’un des tests leur racontait l’histoire d’une personne extrêmement intelligente et à l’issue du test, il fallait deviner le genre de cette personne. Diverses cartes présentant un homme et une femme tout à fait étrangers aux enfants, leur étaient présentées. Les enfants devaient dire laquelle de ces personnes sur la carte ressemblait le plus à la personne extrêmement intelligente de l’histoire. La majorité des filles et des garçons se sont accordés à choisir les personnages de sexe masculin.

Un autre test consistait à proposer aux enfants de choisir entre jouer à un jeu pour lequel il fallait être « vraiment, vraiment intelligent(e) », et jouer à un jeu pour lequel il fallait « vraiment, vraiment faire des efforts ». Les filles se sont montrées moins intéressées que les garçons par le jeu qui exigeait une grande intelligence, et plus emballées par le jeu qui exigeait des efforts (cf. graphe ci-dessous).

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Enfin, les résultats de cette étude suggèrent que l’association des capacités intellectuelles au genre qui est le sien, évolue avec l’âge. A 5 ans encore, les filles ont tendance se trouver intelligentes, et obtiennent le même score (0,75) de perception de soi que les garçons de leur âge. A 6 ans, tout bascule : la perception de leur propre intelligence chute à 0,48 chez les filles, quand chez les garçons, elle baisse insensiblement pour graviter autour de 0,70. A 7 ans, le score de cette perception, remonte légèrement chez les filles (0,55) alors que chez les garçons, il reprend sa valeur initiale (0,75).

C’est ce qu’on voit dans le graphe ci-dessous, qui montre aussi que les garçons qui se croyaient un peu plus gentils que les filles à 5 ans (0,68) voient l’estime de leur propre gentillesse dégringoler à 6 ans (0,4) alors que les filles continuent à avoir une forte estime de leur propre gentillesse (entre 0,6 et 0,8).

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Des stéréotypes qui influent sur nos vies d’adultes

Vous vous souvenez de l’article « Comment les stéréotypes de genre influent sur l’orientation scolaire et professionnelle ? » que j’avais publié ici ? Il mettait en lumière les analyses de la psychologie sociale et nous familiarisait au concept de « menace du stéréotype« . On a plus de chances de rater un créneau quand tout le monde s’attend à ce qu’on rate un créneau. On a plus de chances de sombrer dans la drogue quand tout le monde s’attend à ce qu’on sombre dans la drogue. On a plus de chances de se détourner de carrières scientifiques quand tout le monde s’attend à ce qu’on embrasse un cursus littéraire. On a plus de chances d’accepter de changer de nom de famille quand tout le monde s’attend à ce qu’on accepte ce changement.

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