france : la bienveillance est dans l’adn de cette école

Imaginez une école primaire qui place l’empathie au coeur même de sa pédagogie. Si elle est en Europe, je l’imagine dans un pays nordique, et j’y trouverai sans peine, d’autres comme elle. Si elle est en France, je l’imagine privée, mais ouverte à la diversité, onéreuse, mais un peu bohème. Et je me tromperai sur toute la ligne, car cette école existe, et c’est à Trappes, commune populaire des Yvelines, qu’on la trouve. Pour couronner le tout et enfler mon coeur de fierté, cette école est classée en zone d’éducation prioritaire (ZEP) : ce n’est pas que dans les casseroles Guy Degrenne qu’on fait les meilleures soupes.

L’éducation bienveillante de A à Z


Comme on le dit dans la vidéo ci-dessus, les mesures qui promeuvent l’empathie sont partout dans cette école : les élèves peuvent s’entraider pendant le cours, nul besoin de bâtir une tour de livres au milieu de la table-banc pour empêcher sa/son camarade de regarder dans son cahier. À la manière de Montessori ou de Sir Ken Robinson, les élèves s’auto-corrigent après une dictée ou tout autre exercice. Les correcteurs seront les corrigé(e), ce qui leur permet de se mettre à la place de l’autre et d’imaginer ce qu’elle/il ressent. Et il faut reconnaître que c’est plus agréable et plus collectif que de laisser ce plaisir à la seule personne enseignante et à son impitoyable stylo rouge.

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Source : Capture d’écran du reportage de France 3

Sur un mur, au fond de la classe, un panneau à magnets (cf. ci-contre) est à leur disposition : chaque élève pourra se lever à sa guise pendant le cours pour exprimer l’émotion qu’elle/il ressent (serait-ce une idée de L’Infirmerie à Émotions ? Peut-être pas, car Sylvie Hazebroucq défend l’idée que pour un-e enfant, et même pour un-e adulte, mettre un nom sur ce qu’on ressent peut être une gageure). Ce panneau connaît toutefois un franc succès, et heureusement, car la liberté d’exprimer ses émotions si jeune et si immédiatement peut éviter bien de souffrances mentales à l’âge adulte (dixit Catherine Guingan) !

On trouve aussi, dans la classe, une chaise qui s’appelle noir sur blanc, « la chaise des émotions ». Quand l’élève s’y assied, c’est muni d’une sorte de jo

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Source : Capture d’écran du reportage de France 3

urnal intime (cf. ci-contre) dans lequel il déverse par écrit toutes les émotions qui la/le traversent. Cette méthode mise en place en 2014 aurait montré des résultats étonnants : les élèves sont « plus calmes, plus solidaires et plus concentré(e)s. »
Dans la cour de récréation, haut-lieu des cris de toutes sortes, la résolution des conflits se fait, elle aussi, sur la base de l’empathie : « D’abord, on s’explique, on se pardonne et on se quitte en bons amis. »

Alors ? Qu’est-ce qu’on gagne à être bienveillant(e) ?

Selon Bertrand Jarry, formateur en éducation prioritaire et l’un des conseillers d’éducation à l’origine de cette expérimentation, tout ce dispositif centré sur la bienveillance et l’empathie a eu des effets positifs sur les enfants. Il dit au micro de France 3 :

« Ça augmente leur efficacité collective, notamment en termes de mémorisation, mais aussi en termes de vocabulaire et du panel de mots qu’ils ont à leur disposition, de la capacité qu’ils ont à verbaliser, à oraliser, à débattre et à argumenter. »

On a également pu observer une baisse notable de la violence et des conflits dans toute l’école, ce qui est plus que louable dans une ville comme Trappes, « zone sensible » abandonnée dans un coin d’ombre, qu’ont fait briller ses enfants Jamel Debbouze, Nicolas Anelka ou encore Omar Sy.

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