Qu’est-ce que vous avez appris sur l’Afrique à l’école ?

Rien. C’est bien ce que je pensais.

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J’ai fait ce meme pour plusieurs raisons : d’abord, parce que j’adore faire des memes, et puis parce que je fais ce que je veux.

Mes billets d’humeur se font rares sur ce blog. Pour pousser mes coups de gueule, en général, je me tourne vers Twitter, ma BD Tumblr ou, sinon, je fais les choses simplement : je monte sur scène avec un micro.

Mes coups de gueule tournent souvent autour des mêmes choses : le racisme, le sexisme, l’homophobie, le capitalisme, l’islamophobie, tout ça avec l’adjectif « institutionnel(le) » mis en facteur.

Au Cameroun, on apprend le monde…

J’ai vécu au Cameroun jusqu’à mes 15 ans, soit jusqu’à ma première classe de Seconde. Pendant 13 ans et demi dans le cursus scolaire camerounais, eu l’occasion d’en apprendre sur tous les continents du monde. J’ai appris les deux guerres mondiales, des trucs sur le maïs et la canne à sucre d’Amérique Latine, le commerce triangulaire (les Portugais, les Hollandais et les Français, grands barons de l’esclavage), les traités de négoce avec la Chine, les guerres d’indépendance en Indochine, la guerre sino-japonaise, le climat continental, les accords de l’U.E, la Cordillère des Andes, Gorbatchev, la Société des Nations,… Je n’avais pas besoin d’apprendre tout cela en classe, il me suffisait d’allumer la télé et d’aller au cinéma (il y en avait encore en ce temps-là) pour découvrir toutes ces histoires, regarder des émissions de bricolage pour enfants sur des chaines arabes, des films américains, français, indiens, des animations japonaises ou coréennes, des émissions d’histoire sur les rois de France, des documentaires sur les populations aborigènes d’Australie… J’ai appris le monde, et surtout, j’ai appris l’Afrique et bien sûr, le Cameroun.

… mais dans le monde, l’Afrique n’existe pas.

Et j’ignorais alors, sur les bancs de l’école à Douala, que j’avais intérêt à bien tendre l’oreille pendant les cours d’histoire et de géographie, car ces informations sur le Cameroun et l’Afrique ne me seraient pas répétées ailleurs. En France, c’est pas grave si t’as pas suivi le cours sur la deuxième guerre mondiale, on te le répétera chaque année, à la télé comme à la radio. On omettra le paragraphe sur l’effort de guerre des colonies (les « tirailleurs sénégalais » et tous les autres), celui où la chair à canon noire ne représentait que 7% des personnes mobilisées pour la France mais 15% des personnes au combat. Et c’est pas bien grave si t’as raté le chapitre de la révolution industrielle, on te le racontera à chaque fois qu’on fera l’éloge de l’Europe, en passant sous un silence arrangeant les origines de la richesse des nations. En France, les détails sur la violence coloniale et ses génocides, les guerres de décolonisation et le néo-colonialisme, ne seront évoqués que dans les conférences d’études post-coloniales et lors des tables-rondes et projections organisées par des associations anti-racistes ou afro-féministes, quand elles ont encore le droit de se réunir.

Ah si, elle existe. Elle est illettrisme, guerres, souffrances et maladies.

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La carte du monde au Japon

J’ai fait dix ans d’études en France, de la Seconde à mon master 2, et j’ai été assidue. Et pourtant, si je mets de côté les discours paternalistes et emplis de raciste condescendance des présidents français en visite en Afrique, la seule fois que j’ai entendu parler de cette Afrique au cours de cette scolarité « loin » du continent africain, c’était lors d’un cours électif que j’avais pris au Japon. J’étais en semestre d’échange dans une université de Tokyo, et je découvrais que là-bas, mon mot d’esprit « tu veux savoir où se trouve le Cameroun ? Pratiquement au centre du monde » ne marchait plus. Le Japon était placé au centre de la carte et l’Afrique était à la même place que le Mexique sur les mappemondes eurocentrées (même s’il est agréable de se flatter en prétendant qu’elles sont afro-centrées).

La phrase qui va suivre est susceptible de secouer les Afro-descendant(e)s. Je leur recommande de bien s’asseoir.

Le cours sur l’Afrique s’intitulait : « African issues » : en français, « Les problèmes de l’Afrique ». Pendant mon semestre (printemps/été 2008), le problème africain au programme était le VIH/Sida en Afrique. Dans ce cours, il n’y avait que trois étudiants non japonais : deux Français blancs, et moi-même, Camerounaise. Le prof, japonais lui aussi, avait du mal à parler anglais. Il racontait la misère du continent, les maladies et épidémies, la sexualité débridée de ses habitants, responsable des propagations de ces maladies… Il racontait tout ça à une classe attentive qui prenait des notes, et une Noire qui se contentait de râler dans sa barbe et prenait des notes aussi, car sa note lui importait. Pour la petite anecdote, c’est par ce prof japonais que j’ai appris que le bassin du Congo est l’endroit où on trouve la plus grande diversité génétique au monde, et que l’Asie de l’Est était celui où la diversité génétique était la moins grande au monde. La remarque du prof est inoubliable :

« C’est étonnant, n’est-ce pas ? Ils ont la plus grande diversité génétique et ils se ressemblent tous, alors qu’on a la moins grande et on ne se ressemble même pas ! »

Croyant sincèrement à une blague, j’ai ri poliment. Ce n’était pas une blague.

Passer l’Afrique sous silence dans les institutions éducatives n’est pas un symptôme mais bien une mesure séculaire du racisme institutionnel.

Je parlerai de l’Afrique tant que je vivrai.

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