comment les stéréotypes de genre influent sur l’orientation scolaire et professionnelle

Pourquoi les filles ont de si mauvais résultats dans les matières scientifiques ? Pourquoi retrouve-t-on autant d’hommes dans les métiers d’ingénieurs ? Qu’est-ce qu’en dit la psychologie sociale ?

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La semaine dernière, pour promouvoir la diversité des sexes dans les métiers techniques et scientifiques, plusieurs entreprises à travers le monde ont relayé le hashtag #ILookLikeAnEngineer (« J’ai une tête d’ingénieur »), où des femmes ingénieures se prenaient en photo devant une pancarte portant ce hashtag.

Si votre voiture tombe en panne, il y a de fortes chances que la personne qui la répare soit un homme. Si vous avez besoin d’aide pour nettoyer votre maison, il est fort probable que vous recrutiez une femme. Aux Etats-Unis, les caucasiens ont de meilleurs résultats scolaires que les afro-descendants. En France, pays où les matières littéraires sont très peu valorisées, les classes littéraires sont dominées par les femmes.

Comment explique-t-on ces phénomènes ?

La théorie fumeuse de Mars et de Vénus discréditée par la psychologie sociale

Séverin Guignard était un doctorant en psychologie sociale à l’Université Aix-Marseille quand il a tenu, en 2013, la conférence Les Hommes viennent-ils de Mars et les Femmes de Vénus ? Décryptage de la psychologie sociale.

Dans cette vidéo, il cite les recherches de Steele & Aronson (1995) sur la menace du stéréotype (à partir de la 22e minute). Claude Steele, psychologue social afro-américain et professeur émérite à l’Université de Stanford, a voulu démontrer que les étudiants afro-américains n’étaient pas moins intelligents que les caucasiens, et qu’il y avait une autre raison qui expliquait leurs faibles taux de réussite aux examens d’entrée dans les universités. La menace du stéréotype peut entériner les clivages ethniques dans la société. Elle explique non seulement les différences de performance entre noirs et blancs, mais aussi entre garçons et filles.

esukudu_spencer_maths_menace_stereotype_noirs_blancsSteven Spencer et son équipe de l’Université de Waterloo (1999) se sont intéressés aux futurs étudiants qui essaient de rentrer dans les facultés de mathématiques des universités américaines. Ces derniers sont des milliers chaque année à passer un test de mathématiques, réussi en large majorité par des hommes. Spencer a décidé de mettre ces étudiants en condition : on leur a expliqué que ce test qu’ils s’apprêtaient à passer, était tout aussi bien réussi par les femmes que par les hommes. On a ainsi falsifié le stéréotype, et le résultat fut le suivant : les femmes de ce groupe ont eu des performances égales à celles des hommes du même groupe.

Dans sa conférence, Séverin Guignard cite également les travaux de Huguet & Régner (2003, 2007), enseignants-chercheurs en psychologie sociale à l’Université d’Aix-Marseille. Pascal Huguet et Isabelle Régner ont présenté la figure ci-dessous à des élèves filles et garçons :

Huguet & Régner (2003, 2007)

Huguet & Régner (2003, 2007) – Figure adaptée de la figure complexe de Rey-Osterrieth

A un groupe composé de filles et de garçons, ils ont présenté cette figure comme étant un test de géométrie. A un autre groupe tout aussi mixte, ils l’ont présentée comme un test de dessin. Aux deux groupes, on a demandé de mémoriser la figure pendant trois minutes et de la reproduire de mémoire. Les résultats sont éloquents : les filles se sont avérées peu performantes dans l’exercice de géométrie et très performantes dans l’exercice de dessin, sachant que les deux exercices étaient exactement les mêmes. Quant aux garçons, leurs résultats n’ont varié que très peu. La menace du stéréotype veut donc que les filles, qui ont toute leur vie entendu que « les filles ne sont pas bonnes en maths », aient ressenti de l’anxiété et du stress face à l’exercice de géométrie.

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VousNousIls a publié une infographie qui s’appuie sur les résultats de deux études : le rapport Pisa de 2012 (OCDE, étude sur « L’égalité des sexes dans l’éducation« ) et une enquête du Ministère de l’Éducation nationale. Cette infographie illustre les conséquences qu’ont les stéréotypes de genre sur les choix d’orientation et de carrière des filles et des garçons:

  • 38% des jeunes accepteraient de faire un métier « de l’autre sexe »
  • Les garçons sont 4 fois plus nombreux que les filles à envisager une carrière dans l’informatique ou l’ingénierie

Pour répéter la formule de Séverin Guignard, « les stéréotypes créent la réalité telle que nous l’observons ».

Je suis la fille d’une ingénieure, la petite-fille d’une prof de maths à la retraite et mes sœurs sont ingénieures, elles aussi. Étant l’aînée de ma famille, j’ai toujours été encouragée à poursuivre des études scientifiques (sans doute pour reprendre la société de BTP de Papa), et pourtant, j’ai toujours été viscéralement attirée par les lettres, les langues, la création littéraire et les sciences humaines et sociales. Mon premier roman écrit en classe de Sixième, était long de plus de 300 pages. Avec une réelle crainte de confirmer les stéréotypes, j’ai embrassé une carrière artistique tournée vers les lettres. Je me suis toujours demandé d’où venait mon manque total d’intérêt pour les sciences, malgré mon passage par la fondation Rubisadt du Dr. Tobo Lobe. D’où le présent article.

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